Comment réguler son anxiété et limiter sa consommation de « malbouffe » en période de crise ?


19/06/22 Malbouffe Covid-19

La pandémie de COVID-19 a généré une forte anxiété auprès des populations du monde entier, touchant particulièrement les jeunes adultes. Cette anxiété a affecté de manière négative les habitudes alimentaires, et ce plus encore durant les périodes de confinement. Dans une étude menée auprès d’une population de jeunes adultes (18-35 ans) en France et au Royaume-Uni et publiée récemment dans le Journal of Consumer Affairs (une revue américaine), David Jaud et Renaud Lunardo, professeurs au sein du département Marketing de KEDGE Business School, ont examiné les raisons pour lesquelles l'anxiété liée à la pandémie influence la consommation d'aliments et de boissons peu équilibrés pour la santé.

Comment réguler son anxiété et limiter sa consommation de « malbouffe » en période de crise ?

L’anxiété désempare et diminue l’acceptation…

Dans une première étude expérimentale menée en juillet 2021 auprès de 211 jeunes consommateurs britanniques (âge moyen = 24,6 ans, 50,2% de femmes), les deux chercheurs ont constaté que ces jeunes se sentaient tout d’abord perdus ou impuissants en raison de la pandémie et avaient ensuite du mal à accepter cette situation de crise. Ce manque d'acceptation les a empêchés de percevoir la situation actuelle sous un angle positif.

… et encourage la consommation de « malbouffe »

La deuxième étude a été menée auprès de 1006 étudiants de KEDGE Business School (âge moyen = 22 ans, 61,2 % de femmes) pendant le premier confinement en avril 2020. L’étude a montré tout d’abord que les étudiants mangeaient plus d'aliments et de boissons peu sains et équilibrés pour la santé (burgers, glaces, sucreries, sodas…) par rapport à d’habitude (c’est-à-dire avant la crise COVID-19), et ce en raison de leur anxiété. Les raisons d'adopter de mauvaises habitudes alimentaires étaient à nouveau dues à un manque d'acceptation de la crise sanitaire actuelle et au fait de la percevoir sous un angle négatif.

La difficulté des étudiants à réguler leur anxiété les amène à vivre une expérience négative et à privilégier une nourriture dite malsaine.

Les recommandations des experts

Sur la base des résultats de cette étude, David Jaud et Renaud Lunardo proposent plusieurs recommandations.

1 Inciter les pouvoirs publics et les institutions d’enseignement supérieur à communiquer de manière positive tout en fournissant des explications claires et détaillées sur la pandémie, et ce afin de réduire son aspect incontrôlable, source d’anxiété. Dans le même temps, les individus ne doivent cependant pas oublier les dangers liés à la situation, car être trop optimiste peut masquer la réalité et réduire la probabilité que les consommateurs prennent des mesures de protection, comme le port d'un masque ou la désinfection des mains.

Ce faisant, les spécialistes du marketing social et les acteurs de santé publique peuvent trouver des moyens d'aider les jeunes adultes à se sentir moins désemparés en fournissant par exemple un accompagnement personnalisé pour faire face à la situation et à l'accepter en apprenant à vivre avec. Un tel suivi permettrait finalement de limiter leur consommation de nourriture et boissons dites malsaines.

2 Promouvoir des conseils émanant des acteurs de santé publique afin d’aider les jeunes adultes à apprendre comment changer leur façon de penser et de ressentir une situation de crise, telle que la pandémie actuelle. Par exemple, le fait de diriger les pensées négatives vers celles liées à la gratitude pourrait s'avérer utile. Plutôt que de se concentrer sur les aspects négatifs de la crise (c'est-à-dire « je suis coincé à la maison »), les jeunes adultes pourraient apprendre à penser positivement (« je suis reconnaissant d'avoir ce temps supplémentaire à passer avec ma famille »).

3 Encourager les initiatives nationales et locales afin de promouvoir une alimentation plus saine, à l’instar du Royaume-Uni durant la crise COVID-19. Par exemple, les décideurs politiques pourraient promouvoir une alimentation saine via les médias sociaux (Facebook, Instagram ou TikTok) et fournir des lignes directrices pour encourager les jeunes consommateurs à adopter une alimentation plus saine, en particulier pendant une pandémie. De même, les décideurs politiques et les acteurs de santé publique pourraient développer des applications qui aident les consommateurs à réguler leur consommation d'aliments et de boissons, en utilisant des tableaux de portions et des Nutriscores des produits alimentaires.

4 Renforcer le suivi du bien-être physique et mental des étudiants. Ainsi, les Universités et les Grandes Ecoles auraient tout intérêt à mettre en place des actions et suivis personnalisés durant les périodes jugées critiques pour leur bien-être. Par exemple, les réseaux sociaux des écoles pourraient partager quotidiennement « les bonnes pratiques de l’alimentation », ainsi que des « tuyaux » sur comment positiver et faire preuve de résilience. Les institutions du supérieur pourraient aussi intensifier les sessions de soutien psychologique afin d’aider les étudiants à identifier et analyser ce qu’ils ressentent et de réfléchir à la situation de crise dans le but d’améliorer leur bien-être mental et physique.

Par Par David Jaud, Enseignant-chercheur en marketing et directeur-adjoint de la chaire consommation responsable à KEDGE Business School et Renaud Lunardo, Professeur-associé de Marketing à KEDGE Business School



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